Après l'entretien du Front National publié ici-meme il y a quelques semaines et qui a suscité pas mal de commentaires...suite de notre série d'entretiens avec le candidat souverainiste de l'UMP, Nicolas Dupont-Aignan

5YearsLater:Que pensez-vous du mariage gay et ne pensez-vous pas qu'il faille remplacer le PACS et ce genre de choses par une plus grande liberté de contrat?

Nicolas Dupont-Aignan:Je ne suis pas hostile � la création d’une forme d’union plus solennelle pour les homosexuels. Il m’apparaît légitime, en effet, que chacun puisse organiser au grand jour son bonheur comme il l’entend. Néanmoins, je pose deux réserves : que cela n’aie pas d’incidence sur la question de l’adoption, car chaque enfant doit être élevé par un père et une mère. Que cela ne porte pas atteinte non plus � l’institution du mariage et de la famille : ce n’est pas parce que ces institutions connaissent une instabilité inédite qu’il faut les banaliser. Elles demeurent un élément crucial de la stabilité et du renouvellement de la société. Enfin, qui dit plus de droits dit également plus de devoirs : pour ce qui concerne la nouvelle forme d’union que je préconise et nomme « alliance » (conclue en Mairie, ouvrant � certains avantages supplémentaires par rapport au PACS comme la possibilité de toucher la pension de réversion en cas de décès), je prévois aussi des obligations plus fortes, calquées sur celles du mariage pour ce qui concerne la séparation.

5YL:Quelle est votre position sur l'avortement?

NDA: Sur l’avortement, je souhaite que la loi soit pleinement appliquée et que l’on sorte de l’hypocrisie ambiante. D’un côté, il est nécessaire de mettre � disposition des femmes des structures en nombre suffisant, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. De l’autre, il serait souhaitable de renforcer l’accueil et l’orientation de ces femmes pour les informer pleinement des tenants et aboutissants de l’interruption volontaire de grossesse : il est important, en effet, de « débanaliser » cet acte qui entraîne plus souvent qu’on ne le croit des séquelles psychologiques. En bref, oui � la liberté de choix des femmes, mais en toute connaissance de cause pour les premières intéressées.

5YL: Pouvez nous donner les grandes lignes de votre politique en matière de fiscalité?

NDA: Toute politique fiscale n’a de sens que rapportée � une action politique d’ensemble qu’elle se doit d’épauler et de financer. Actuellement, la fiscalité dans notre pays reflète significativement la « logique comptable des grands équilibres » qui prévaut depuis 20 ans, sous le contrôle tatillon de Bruxelles. C’est une politique fiscale déflationniste et malthusienne qui, en cherchant � assainir les finances publiques par la réduction tous azimuts de la dépense publique, entretient le marasme économique, maintient le chômage � un niveau insupportable, encourage au bradage des bijoux de famille pour boucler les fins de mois impécunieuses de l’Etat (privatisation des autoroutes par exemple) et laisse en jachère les chantiers du futur. Le résultat de tout cela est l’inverse de l’objectif recherché, car l’effet de ciseaux diminution des recettes fiscales / explosion des besoins sociaux détériore structurellement les finances de la collectivité. Je prône une autre stratégie fiscale qui inverse les priorités : � mon sens, il faut d’abord retrouver un niveau plus élevé de croissance et d’emploi pour ensuite assainir dans le temps la dette et le déficit budgétaire de fonctionnement (tout en relançant l’investissement public). Plus précisément, la fiscalité doit soutenir la nouvelle politique de croissance qualitative qu’attendent les Français : création d’une TVA sociale pour éviter la concurrence déloyale des produits d’importation en les mettant � contribution égale pour le financement de notre système de protection sociale, durcissement ou allègement de l’IS en fonction des efforts faits par les entreprises pour jouer le jeu de la participation, de l’emploi des seniors, du maintien d’un nombre élevé de CDI, suppression de l’ISF pour le patrimoine investi dans l’économie productive et pour la résidence principale, allègements fiscaux massifs pour développer les « comportements verts » et l’investissement dans les « business angels », baisse de la TVA sur les produits de puériculture et tous les achats importants des familles lors de leur installation, etc.

5YL:La croissance économique de la zone Euro apparait atone. Certains économistes et hommes politiques, de plus en plus nombreux, incriminent la monnaie unique. Quelles solutions proposez vous afin que l'Euro soit susceptible de constituer un véritable outil de croissance économique?

NDA: La remontée des taux décidée contre tout bon sens par Jean-Claude Trichet et l’incapacité de l’Eurogroupe � peser en quoi que soit sur la politique monétaire (change, taux, etc.) de la BCE démontre le fiasco du système, dans un contexte de marasme économique prolongé. La seule solution serait de convaincre nos partenaires européens de réécrire des pans entiers des traités de Maastricht-Amsterdam-Nice, afin de transformer l’euro en outil de croissance et d’emploi. Je ne vous cacherai pas que je juge cette hypothèse des plus improbables. C’est d’ailleurs pourquoi j’estime que les déclarations en ce sens de Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy sont un leurre. Ces « Y’a qu’� , faut qu’on », serinés � chaque campagne électorale par l’UMP et le PS depuis 10 ans, n’ont aucune valeur car ils ne sont assortis d’aucun mode opératoire concret ni, surtout, d’aucune solution alternative en cas d’impossibilité de sortir des traités actuels. De plus, il est peu probable que les 12 membres de l’euro puissent s’entendre sur une politique monétaire équitablement profitable � tous, les économies nationales concernées étant de plus en plus divergentes. Une vraie quadrature du cercle politique et économique ! Pour moi, c’est clair, si l’UE nous refuse un euro au service de la croissance et de l’emploi, alors la France devra organiser un référendum pour demander aux Français s’ils ne préfèrent pas revenir au franc. Au vu de la bonne santé économique des pays européens qui n’ont pas adhéré � l’euro (Grande-Bretagne, Suède,…), la France n’a pas grand-chose � craindre et tout � espérer d’un tel sursaut monétaire. Comme le dit Jean-Jacques Rosa, la sortie de l’euro n’est pas la solution � tous nos problèmes et ne nous dispensera pas de mesures complémentaires parfois douloureuses, mais c’est un préalable � la résolution de nos difficultés.

5YL: Que vous inspirent les déboires d'Airbus sur votre conception du projet Européen?

NDA:La réussite d’Airbus est la réussite de la volonté de la France de mettre sur pied une alliance industrielle stratégique avec l’Allemagne. Airbus est un thermomètre des relations franco-allemandes qui ont longtemps été suffisamment bonnes pour permettre sa réussite. Leur relâchement depuis quelques années se reflète aussi dans Airbus, dont la crise résulte autant d’une mésentente croissante entre Paris et Berlin d’une part, que de l’actionnarisation insensée du groupe EADS, affaiblissant le contrôle politique, de l’autre. Les Etats doivent reprendre la main et refonder dans la franchise leur pacte politique dont dépend la bonne santé future du groupe. Enfin, Airbus est pour moi le symbole de la « bonne Europe » qu’il faut construire, celle des partenariats étatiques � la carte librement consentis, que l’on a laissé dériver ces dernières années. Le contre-exemple de Galiléo (un projet communautarisé � 25 sous l’égide de la Commission de Bruxelles) est � cet égard sans appel : Galiléo est soumis aux injonctions américaines en matière de défense et d’accès aux canaux radio, et de plus il a été ouvert � tous les vents pour des considérations bassement matérielles. A quoi sert ce projet-phare européen, lorsque l’on songe que la Chine en est un partenaire de premier plan ?

5YL: Alexandre Del Valle, dans Guerres contre l'Europe, défend l'idée que les Etats-Unis tentent de saboter le projet Européen par une alliance contre nature avec des groupes ou des Etats islamiques. Que pensez vous de cette position et en particulier, pensez-vous l'Europe peut, ou doit, se constituer comme un contre-pouvoir par rapport aux Etats-Unis

NDA: Je suis sceptique sur la thèse sulfureuse défendue par Alexandre Del Valle. En revanche, je suis persuadé que l’Europe doit se penser en contrepoids des Etats-Unis pour exister. La propension de l’UE � se définir au travers de valeurs abstraites, dans une perspective post-nationale et post-historique, explique son vide stratégique que les européistes sont pourtant les premiers � déplorer. Il n’est pas possible de se bâtir une identité politique sur la base de la récusation de toute identité politique. A vouloir devenir une sorte de grande Suisse aux ordres de Washington, l’UE se condamne au néant. En tout cas, la France, qu’elle parvienne ou non � infléchir cette dérive européenne, devra relancer une diplomatie mondiale qui lui soit propre. On a dit pendant des années que l’avenir de la puissance française réside exclusivement dans le développement de « l’Europe-puissance ». Or celle-ci se révèle � l’usage un leurre.

5YL: Pensez-vous comme Samuel Huntington et d'autres que choc des civilisations il y a?

NDA: Je pense que le « choc des civilisations » est une hypothèse parmi d’autres, en aucun cas une fatalité. Il adviendra si le monde développé se raidit dans des comportements stéréotypés qui offrent � ses ennemis le prétexte � un affrontement radical, ontologique. Cette théorie du choc des civilisations est typique de la mentalité des Etats-Unis, qui a tendance � opposer mondes blancs et mondes extra-européens. C’est sans doute un des piliers de l’inconscient national américain, que l’on trouve d’ailleurs dès ses origines (fanatisme protestant anti-indien et « anti-papiste » dès le XVIIème siècle, racisme anti-noir, etc.). Au contraire, il faut faire le pari de la diversité culturelle et du droit des peuples � disposer d’eux-mêmes, ce qui n’exclut nullement l’attachement � certaines valeurs universelles. Cela passe surtout par le développement et la réforme de l’OMC, le refus des guerres préventives comme en Irak, etc. Mais, pour peser en ce sens, la France doit retrouver sa puissance économique et militaire, sa crédibilité et par-dessus tout sa foi en elle-même et en son propre modèle universaliste - d’où la récusation absolue de toute « discrimination positive » que même les Etats-Unis regrettent aujourd’hui.

5YL:Hésiterez-vous � utiliser la Bombe atomique si cela s'avère nécessaire?

NDA: Attendez déj� que j’accède � l’Elysée !!

5YL:Quelle a été votre réaction face � l'escalade de violences dans certains Etats musulmans suute au discours de Benoit XVI � Ratisbone?

NDA: Il est courageux de dire � l’islam : il n’est plus acceptable de cautionner la violence, comme le font certains qui interprètent un peu trop littéralement ou de manière sélective le Coran. Les Chrétiens ont renoncé � la croisade et � la guerre sainte depuis plusieurs siècles. Il est temps pour vous, dans l’intérêt de tous, d’en faire autant. L’invention par la France, si elle se ressaisit enfin � l’occasion de la prochaine élection présidentielle, d’un islam modernisé, laïc, universaliste, serait un grand service qu’elle rendrait au monde. Je pense que c’est possible, même si cela prendra un peu de temps.

5YL remercie Antoine Valon, sans lequel, cet entretien n'aurait pas été possible.