Je vous conseille très fortement la dernière livraison du Courrier International. D’abord parce qu’on y trouve un très bon dossier sur la nouvelle guerre froide. Ensuite et surtout parce qu’y figure un article fleuve d’Anne Muller de l’Orion Magazine intitulé « Les tribus victimes de l’écologie ».

Résumons : on a tendance, non sans bonnes raisons d’ailleurs, charger certaines multinationales pour les destructions environnementales dont elles se rendent coupables, et pour la disparition de certains modes de vie traditionnels qui s’ensuivent, en Asie, en Amérique du Sud et en Afrique principalement, où des millions d’autochtones ont été chassés de leurs terres ancestrales. Ces faits sont accablants et incontestables.

Ce qu’on sait moins en revanche, c’est que des mouvements de population au moins aussi importants si ce n’est beaucoup plus ont résulté de l’hystérie de certaines ONG parmi les plus prestigieuses. Et parmi elles WWF, Conservation International, Wild Life Conservation Society.

Ces bobolchos imprécateurs ont un dada : la création de parcs naturels pour préserver la biodiversité. Soit. Mais quid des humains habitant ces zones depuis parfois de millénaires ? Ce sera la porte pour eux, et le plus souvent sans compensation. « Plus de 100 000 Massaï ont été expulsés du sud du Kenya et des plaines de Serengeti en Tanzanie. ». Les voil dès lors au mieux parqués en bordure de leurs anciens territoires, avec pour les plus chanceux des emplois de garde-chasse, et pour la grande majorité, la prolétarisation dans les grandes villes africaines. Ce qui fît dire au chef Massaï Martin Saning’o devant un parterre d’ONGistes outrés en novembre 1994 « Nous sommes désormais des ennemis de la conservation ». Salauds de pauvres.

Parfois l’expulsion se fait de manière violente comme ce fût le cas en pour les Twas en Ouganda en 1991 ou les Karens du nord de la Thaïlande. Pour les premiers, le gouvernement céda un lobbying intense des écolos occidentaux persuadés qu’ils chassaient les gorilles. Ce que les Twas niaient pourtant farouchement car ils affirment une parenté mythologique avec ces derniers, et rejetaient l’accusation sur les Tutsis ou les Bantous. Chez les écolos, le discours vire parfois même totalitaire. Ainsi de cette raclure de Steven Sanderson, plein de mépris pour ces petits peuples : « les peuples de la forêt et leurs représentants parlent peut-être au nom de la forêt telle qu’ils la perçoivent, mais ils ne parlent pas de la forêt telle que nous voulons la protéger. »

A l’arrivée, près de 14 millions de réfugiés de la « conservation » rien qu’en Afrique et probablement le double l’échelle de la planète. Sans parler de la destruction de cultures millénaires. Pourtant les biologistes commencent remettre en cause sérieusement ce totalitarisme vert. Ils ont ainsi constaté qu’en Afrique,90% de la biodiversité se trouve en dehors des zones protégées.

Cela confirme en tous cas qu’ trop aimer la Nature on en vient parfois haïr les humains. Même le plus faibles d’entre eux.