Le Captain Cap explique l'ordre juste.
Par Captain Cap |
samedi 24 mars 2007 à 14:54 | Royalitude
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— Goûtez-moi donc, mon cher Allais, de ce gewürztraminer à pourriture noble hâtivement acquis, avant mon départ intempestif, auprès de la Maison Seppelt dans le Victoria.
— Joli bouquet en effet, mon cher Cap, mais quid de votre magistrale étude de la situation en France, pour laquelle vous avez renoncé, temporairement je l'espère et la mort dans l'âme j'en suis sûr, à la chasse à l'ornithorynque albinos en Australie Méridionale?
— Situation excellente, mon cher Allais. Au point que j'envisage de vendre mes parts dans les mines de charcuterie du Québec pour les réinvestir ici en établissant une chaîne de cliniques de chirurgie esthétique spécialisée. Si Madame Royal est élue, bien sûr. Sinon, je garde mes mines de charcuterie.
— Qu'elle soit élue ou non, vous restez donc dans le charcutage, activité éminemment rémunératrice s'il en est. Je reconnais bien là votre sens des affaires. Vous estimez donc, que dis-je, vous être sûr et certain, que l'exemple de notre future présidente au minois esthétiquement charcuté inspirera beaucoup de Françaises à se faire refaire la tronche?
— Pas du tout, mon pauvre Alphonse!
— Cela suffit, Cap, expliquez-vous!
— L'ordre juste, mon cher Allais, l'ordre juste.
— Mon cher Cap, je n'y comprends goutte. Que peut bien avoir à voir (belle allitération) l'ordre juste avec le charcutage, qu'il soit esthétique ou charcutier?
— Mon cher Allais, la France a besoin d’un ordre juste, c’est-à-dire des règles qui sont applicables par tous.
— Je reconnais bien là en effet un cheval de bataille de Madame Royal à l'écurie fournie et multiforme comme Protée caméléonnant Augias. (D'aucuns diraient singer, je préfère caméléonner, ça sonne plus "hussard")
— Enumérez-moi alors, mon cher Allais, quelques règles applicables par tous.
— Euh... eh bien... la règle de... de...
— La règle de trois peut-être?
— Evidemment non, mon cher Cap, car tout le monde n'ayant pas le bac +7 cette règle-là n'est pas applicable par tous. De notre temps à nous oui, elle l'était (comme c'est loin tout ça!) mais plus de nos jours.
— Cela élimine donc d'entrée la règle de trois.
— Et je n'en vois guère d'autres. La règle de Saint-Benoît? La règle de Saint-Augustin? Elles non plus ne sont pas applicables par tous. Alors, Cap, alors?
— Vous le savez, mon cher Allais, je n'agis jamais sans la certitude de la réussite. J'ai donc fondé un institut de recherches des règles applicables par tous, le CRIFRABA (Cap Research Institute For Rules Applicable By All). Cet institut, à grand frais (mais les mines de charcuterie sont d'un excellent rapport) a produit une encyclopédie exhaustive de toutes les règles connues à ce jour, puis les a examinées une à une, pour ne retenir que celles applicables par tous. Il a ainsi examiné la règle de l'Ordre du Temple, la règle de Taylor, la règle de Scheimpflug...
— A vos souhaits!
— Vous vous méprenez, mon cher Allais, la règle de Scheimpflug concerne la construction des images formées par une lentille mince convergente.
— Et comme tout le monde n'est pas opticien...
— Je ne vous le fais pas dire! J'avais formé de grands espoirs lorsque l'Institut m'a rapporté l'existence de la règle de Smith. Smith, c'est comme Dupond chez nous. Cela fleurait bon la règle applicable par tout Dupond venu, sorti ou non du rang. J'ai dû déchanter en lisant la suite du rapport: "Nous présenterons quelques extensions et résultats sur la performance de la règle de Smith pour des problèmes min-somme plus difficiles. En particulier, nous discuterons de l'interprétation de cette règle comme un algorithme glouton pour certains polyèdres super-modulaires; d'une représentation géométrique utilisant des diagrammes de Gantt en deux dimensions; de problèmes min-somme avec dates de lancement et machines parallèles; et de résultats récents sur l'analyse d'algorithmes en-ligne pour des problèmes d'ordonnancement d'ateliers en univers certain ou aléatoire." (authentique!)
— Mais alors, Cap, quelle est cette règle applicable par tous? Car il doit bien en exister une, puisque vous allez risquer vos mines de charcuterie dessus?
— Il n'y en pas qu'une, mon cher Allais, il y en a des milliers. Que dis-je? des millions!
— Cap, je ne vois pas.
— Les règles, mon cher Allais, les règles. Point final, tout simplement.
— Je vois encore moins.
A bout de patience, je me levai en criant LES ANGLAIS ONT DÉBARQUÉ!
C'est alors que mon pauvre ami se prit d'une crise de fou-rire qui lui fit répandre, comme un pistolet à peinture un jet de gouttelettes dorées, la gorgée de gewürztraminer à pourriture noble de la Maison Seppelt de Great Western dans le Victoria qu'il tenait en bouche (la gorgée, pas le Victoria, m'empressé-je de préciser pour ceux de mes lecteurs qui auraient une piètre idée des dimensions de l'Etat du Victoria, capitale Melbourne).
— Bravo, Cap, vous m'avez bien eu!
— Je suis sérieux, Alphonse, nous ne sommes pas le 1er avril.
— Mon cher Cap, vous et moi sommes bien placés, très bien placés même (et ici mon ami Alphonse me fit un clin d'oeil), pour savoir que vos règles (autre clin d'oeil) ne sont pas applicables par tous.
— Certes, elles ne le sont pas, mais elles le seront si Madame Royal est élue, car je m'en occuperai personnellement, grâce à ma chaîne de cliniques.
— Vous avez perdu la raison, Cap. Le soleil australien, sans doute.
— Je comprends votre incompréhension, mon cher Allais, vous n'avez guère bourlingué au-delà d'Honfleur et de Paris. Je vous explique en un mot: subincision. SU-BIN-CI-SION.
— Cap, je n'en suis pas plus avancé.
— La subincision, mon cher Alphonse, est une opération pratiquée traditionnellement par certaines tribus aborigènes d'Australie. Elle consiste à fendre le pénis sous sa partie inferieure depuis le bout du gland jusqu'au milieu de la verge. L'aspect final de la verge est celui d'une cicatrice non refermée.... Alphonse, cher ami, vous êtes soudain tout pâle... garçon, vite, une fine Calvados pour Monsieur!
Deux fines Calvados plus tard mon pauvre ami avait repris quelques couleurs et je continuai.
— Je disais donc, mon cher Allais, avant que vous ne tourniez de l'oeil, que... tenez, reprenez donc une fine... garçon! je disais donc que l'aspect final de la verge est celui d'une cicatrice non refermée. Cette ouverture est pour ces sauvages une façon de représenter le sexe féminin sur le sexe masculin. Les hommes subincisés reproduisent les menstrues en ouvrant cette plaie au cours de rites. Je me propose donc, si Madame Royal est élue, d'établir en France une chaîne de cliniques spécialisées dans la subincision si bien que les règles étant enfin applicables par tous, les Français jouiront d'un ordre juste, tel que le leur promet Madame Royal.
Mon ami se jeta sur moi à ces mots.
— Cap! C'est un plan démoniaque que le vôtre!
Les quatre fines Calvados aidant, je n'eus guère de mal à le maîtriser, puis je tentai de le raisonner.
— Alphonse mon pauvre ami, calmez-vous, remettez-vous et considérez l'affaire d'un oeil serein comme un soir d'hiver (donc sans ces satanées cigales avec leur foutu charivari). Nous avons passé en revue nombre de règles, et n'en avons trouvé aucune applicable par tous. Une dernière fois, en voyez-vous une, ne serait-ce qu'une seule, applicable par tous, hormis ce que je viens de vous expliquer? Et sans règle applicable par tous, mon cher Allais, pas d'ordre juste possible, et la promesse de Madame Royal ne vaut pas tripette!
Nous nous rassîmes et j'en profitai pour déguster un sloe gin flip pendant que mon ami, tête dans les mains et coudes sur les genoux, explorait les tréfonds de ses méninges et plus abyssal encore à la recherche d'une règle applicable par tous, règle qui lui fut encore plus insaisissable que l'ornithorynque albinos d'Australie Méridionale, car il finit par relever la tête, et, les yeux perdus dans le vague:
— J'abandonne, mon cher Cap, je ne parviens pas à trouver la moindre petite règle applicable par tous. Je me rends à vos raisons, car sans règle applicable par tous, pas d'ordre juste bien sûr. Mais c'est à mon corps défendant car cela est et reste un projet démoniaque.
— Certes, mon cher Allais, mais c'est le seul moyen pour ne pas faire mentir Madame Royal. Or, vous le savez comme moi, la galanterie nous interdit de faire mentir une dame, la première dame de France qui plus est. Nous ne sommes pas des sauvages australiens, que diable!







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