S'il n'y en avait qu'un...
Par Major Tom |
jeudi 22 novembre 2007 à 11:02 | Littérature
| #1804
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''Considérons Philippe Muray comme une machine, dans laquelle on introduit des faits (parfois réels, souvent médiatisés), et dont il ressort des interprétations. Ces interprétations sont guidées par une théorie cohérente, celle de la montée en puissance d'une terreur molle, d'un type nouveau, dont il a synthétisé l'essence par quelques formules brillantes et définitives (l'« hyperfestif », l'« envie de pénal », et surtout la tolérance « qui ne tolère plus rien auprès d'elle-même »). Cette théorie, désormais classique, doit à mon sens faire partie du bagage de tout homme cultivé.
L'année 2002 restera, aussi, celle où la machine Muray a, pour la première fois, connu quelques ratés. Son fonctionnement, pourtant, n'est nullement en cause; on peut même dire qu'il n'a jamais été aussi brillant. Sa magnifique description, par exemple, de la quinzaine anti-Le Pen qui a égayé la France en avril-mai 2002 est sans doute un de ses plus beaux textes.
Toutes ses qualités s'y montrent à plein : ampleur de vues, sens historique, précision dans le détail, et surtout ce coup d'œil prodigieux qui lui permet, au cœur des détails, de choisir le plus significatif, celui qui va d'emblée au cœur du problème (en l'occurrence, la pancarte : « Non aux méchants » brandie par la petite fille). Ma thèse en réalité est que ce n'est pas Philippe Muray qui va de travers, mais le monde ; que le monde, autour de lui, commence à produire quelques phénomènes aberrants, dont on ne peut assurer qu'ils soient non Muray-interprétables, mais qui sont au moins Muray-ambivalents ; qu'en somme la bonne pensée unique et la terreur molle qui en procède commencent à laisser entendre de légers craquements.''
Michel Houellebecq








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1. Le vendredi 23 novembre 2007 à 01:37, par MT
2. Le vendredi 23 novembre 2007 à 06:12, par MT
3. Le lundi 26 novembre 2007 à 04:59, par MT
4. Le lundi 3 décembre 2007 à 10:22, par MT
5. Le mardi 4 décembre 2007 à 03:47, par MT
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