La réforme Canada Dry
Par Julius |
mercredi 16 janvier 2008 à 09:12 | France
| #1927
| rss

Depuis que les masses ont fait leur irruption en politique, soit globalement 2 siècles, les mythes n'ont cessé de gagner du terrain dans l'imaginaire collectif. Il faut probablement aller en chercher les causes du côté du besoin de religiosité de la part des "foules sentimentales" et sécularisées, avides de discours "premiers" et d'archétypes mobilisateurs comme la démocratie, la nation, ou l'Europe désormais. En France, un mythe a pris une place fondamentale dans l'imaginaire politique, celui de la réforme et ce depuis 2 décennies environ, soit globalement depuis que l'on en fait plus.
La réforme est même devenu le mythe politique par excellence. Cela a probablement existé dans le passé. Quand et par qui, çà c'est déjà plus difficile à y répondre.Un cynique accompli vous dirait que la dernière vrai réforme en date, celle ayant un impact concret sur la vie des personnes, était la libéralisation des marchés financiers à compter de 1985. L'oeuvre d'un certain Laurent Fabius. Oui Fabius... presque un synonyme contemporain de cynisme d'ailleurs, quand on connaît son positionnement politique actuel. Sans parler du fait que vouloir faire peuple à tout prix, quand on porte le patronyme d'un grand patricien romain et qu'on a un père antiquaire, cela ressemble étrangement à une ruse de l'Histoire. Mais passons.
Et revenons en à la réforme. Ou plutôt à la mère de toutes les réformes, celle qui s'est opéré cet automne sur les régimes spéciaux, et qui était censée rendre toutes les autres possibles. Une victoire symbolique contre les syndicats était en effet supposée déclencher un cercle vertueux du "possible". J'en parlais l'autre jour avec le Major. Il me disait qu'un truc lui semblait bizarre. A savoir qu'il avait vu à la télévision Bernard Thibault claironner sur le perron de l'Elysée qu'il "avait obtenu tout ce qu'il voulait". Voir en effet l'ancien boss de la fédération ferroviaire en 95 lâcher le morceau en moins d'un mois était pour le moins troublant. A la lecture des décrets et surtout des mesures issues des négociations, il n'y a plus aucun doute : c'est une réforme pour rien. Vous en saurez plus en consultant Liaisons Sociales quotidien du 28/12 mais voici en substance ce qu'on y trouve :
A la SNCF, à la RATP et dans les IEG (industries électriques et gazières)
- les périodes d'études supérieures pourront être validées dans la limite de 12 trimestres moyennant cotisation
- les pensions seront indéxées sur les prix comme la fonction publique et les décôtes pour trimestre manquant seront de 1.25% par trimestre manquant comme pour cette dernière
- les bonifications accordées à certains emplois seront maintenues si le recrutement est antérieur à 2009
A la SNCF et à la RATP
- la condition d'âge minimum d'affiliation au régime spécial (18 ans) est supprimée
- les agents handicapés pourront bénéficier d'un départ anticipé assorti d'une pension majorée
A la SNCF
- les périodes d'interruption ou de réduction d'activité comme l'éducation des enfants seront prises en compte dans le calcul de la retraite dans la limite d'1 an pour les enfants nés ou adoptés avant le 1er juillet 2008 et de 3 ans pour ceux nés ou adoptés après
- le droit à la retraite anticipée pour 3 enfants jusqu'alors réservé aux femmes est étendu aux hommes
- en matière de pension de reversion (cad suite à décès d'un conjoint) les droits des hommes seront alignés sur ceux des femmes avec un taux minimum de 54%
- une pension d'orphelin est créée
A la RATP
- les périodes de temps partiel pourront faire l'objet d'un validation sur la base d'un temps plein dans la limite de 4 trimestres contre cotisation
- la situation des personnes entrées tardivement dans le régime spécial est améliorée. Un exemple : la condition de 15 ans de présence pour avoir droit à une pension du régime spécial est ramenée... à un an !!!
Et ce n'est pas tout. Des négociations salariales parallèles existent qui vont conduire en 2008 à de substantielles revalorisations. Enfin, comment ne pas évoquer le fait que le passage au 160 trimestres ne se fait qu'au rythme de 1 supplémentaire tous les 6 mois. On atteindra donc les 160 trimestres en ... décembre 2012, et la si critiquée durée maximale de cotisations de 41 ans en 2016 ! Finalement et compte tenu de la pyramide des âges de ces entreprises publiques, le gros des troupes pourra partir à la retraite dans des conditions sensiblement similaires et même améliorées grace aux revalorisations salariales. Rien d'étonnant qu'ils aient lâché l'affaire car c'est quasiment un triomphe.
J'en profite pour ouvrir une parenthèse. Aussi critiqué qu'elle soit, la CGT est une organisation parfaitement rationelle et défendant efficacement l'intérêt de ses adhérents. Son leader Bernard Thibault, est fondé à faire un procès à son coiffeur mais pas du tout à se voir critiquer compte tenu de la feuille de route remise par ses troupes. Au passage et malgré les apparences, il s'agit d'un syndicat beaucoup plus pragmatique que tous ses rivaux puisqu'il signe 75% des accords d'entreprise. Avec eux c'est donnant-donnant, c'est à dire qu'il est possible de négocier. Encore faut-il savoir le faire, et ne pas avoir comme "gros bébé" Xavier Bertrand, mandat pour arriver vite à la paix sociale. Pour pratiquer un peu mes délégués CGT, je dois dire que ce sont souvent de bons franchouillards francs du collier à mille lieux des très politisés et manipulateurs de la CFDT ou surtout de FO. Bref je préfèrerai toujours un bon vieux bolcho à un jeune bobo.
La réforme des régimes spéciaux de retraite est en résumé un leurre dans le sens où ce qui a été gagné sur le plan symbolique a été perdu sur le plan financier. Les experts disent même en coulisse qu'elle nous coutera plus cher que les régimes antérieurs. Autant dire que les avancées symboliques n'auront servi à rien n'y rien permis. On notera au passage que, sauf erreur de ma part, ils ne pèsent que pour 5% du total des pensions versées, c'est à dire qu'elle ne contribue en rien à résoudre le problème du financement des retraites. Et que les régimes spéciaux maladie survivent eux. Une victoire digne de Pyrhus d'Epire. Les syndicats ne se nourrissent pas de symbôles, car ils savent parfaitement où est leur intérêt à la grand différence des électeurs qui peuvent être dupes et des partis politiques pour qui la notion d'intérêt général est secondaire par rapport à celle de leur intérêt bien compris : durer et paraître. C'est çà la réforme Canada dry : çà ressemble à la réforme, çà à le goût de la réforme mais ce n'est pas de la réforme. Et c'est pour çà que çà ne sauvera pas.







Commentaires
1. Le mercredi 16 janvier 2008 à 14:05, par kalle
2. Le jeudi 17 janvier 2008 à 03:39, par Proton
3. Le jeudi 17 janvier 2008 à 03:44, par Bélisaire
4. Le jeudi 17 janvier 2008 à 05:16, par Major Tom
Ajouter un commentaire
| 1 vote(s)