5YL only ! L'interview promise de PAUL-MARIE COUTEAUX
Par Julius |
dimanche 10 février 2008 à 13:01 | entretiens
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Je me suis rendu faire une interview du député européen en décembre dernier avec mon pote Drameille. Il nous avait fort bien reçu et j'ai le plaisir de vous la livrer avec son aimable autorisation. On a un peu tardé à publier vu qu'on est pas non plus des journaleux pros, mais à force d'obstination la voilà. C'est pas trop dans le timing vu que la révision de la Constitution a eu lieu lundi mais çà reste d'actualité. Il y est question de traité simplifié et de Turquie, d'Europe, d'Eurocratie et de souveraineté.
Une deuxième partie suivra.
• ''En 2005 nous avions tous reçu un projet de constitution afin que nous nous prononcions dessus, sans bien souvent le lire d'ailleurs. Cette fois-ci les chances pour que l'on nous adresse le traité simplifié semblent minces. Est-ce que vous pouvez nous dire dès lors ce qui se cache derrière ?''
Si j'en avais la patience, je vous en lirai des bouts mais ce serait vraiment des bouts. Il comporte 256 pages qui sont constituées de morceaux de phrases à ajouter non seulement aux traités antérieurs, mais aussi aux actes additionnels à ces traités, l'ensemble constituant le droit primaire européen lequel finit par atteindre 2800 pages. Dans sa forme il s'agit donc de bouts de phrases, illisibles telles quelles, puisque renvoyant en permanence à tel article de tel chapitre, de tel traité précédent et il n'y a pas de texte consolidé.... La conférence intergouvernementale a travaillé vite, avec des experts du conseil européen, regroupés dans un hôtel à Lisbonne, qui ont travaillé par adjonctions aux traités antérieurs sans jamais prendre le temps, ni même avoir le souci de tout ramasser dans un seul texte. Certains de mes amis "non-istes" demandent un référendum, mais il ne peut pas y avoir de référendum car ce texte est illisible, à moins que chaque français dispose de 2800 pages pour savoir à quoi se rapporte chaque ligne. Ce traité simplifié est en ce sens une belle imposture car il n'a rien de simple !
• ''En fin de compte quelle est sa logique sous-jacente et comment ont-ils opéré? Et est-ce que ce ne serait pas tout simplement une constitution bis ?''
Absolument. Ce qui s'est passé est très simple. Jamais les partisans de la supranationalité, appelons les ainsi, n'ont renoncé à créer un nouvel Etat à part entière. On voit bien qu'il y a des ministres qui sont les commissaires, un chef de gouvernement qui est le Président de la Commission ; il y a aussi un parlement, un pouvoir judiciaire avec la Cour de Luxembourg, qui elle même se divise en une myriade d'autres cours. Bref, tous les instruments d'un Etat. Il manque des petites choses comme une personnalité juridique unique permettant à cet Etat d'être reconnu par les autres Etats. Il manque encore également une incarnation, c'est à dire un président. C'est dans le texte de Lisbonne comme cela l'était dans la constitution Giscard. Il manque également un service diplomatique et on le retrouve également dans les 2 textes. Ce service diplomatique sera en fait les 118 bureaux dits d'information de la Commission de Bruxelles dans le monde qui deviendront des ambassades, placées sous la direction du haut représentant pour la politique extérieure, qui sera de fait un ministre des affaires étrangères. M. Sarkozy a même dit dans sa conférence télévisée du 20 juin qu'il s'agissait d'un "ministre des affaires étrangères sans le nom" ! Bas les masques ! Ce haut représentant est actuellement M. Solana. Il manque aussi quelques domaines pour l'heure régis par le principe de l'unanimité, et qui accorde encore à chaque Etat, dans le domaine en question, un droit de veto. Cela est parfaitement inadmissible pour un super-Etat supranational qui ne peut tolérer aucun droit de veto dans aucun domaine. On passe donc au principe de la majorité pour à peu près toutes les questions. Par conséquent on a bien là, et c'était le but de Giscard, mais repris cette fois de manière très obscure, tous les composants d'un super Etat et par le contenu, il s'agit bien d'une constitution !
Les supranationaux ont opéré comme on pouvait s'y attendre. En petit comité et avec surtout la ferme intention de ne pas reproduire l'erreur de Giscard qui avait voulu arranger et ordonner tout cela un peu comme un jardin à la française, où tout était assez clair. On comprenait à peu près malgré les 425 pages. Il voulait d'ailleurs tellement que cela soit clair qu'il l'avait soumis à l'Académie Française, laquelle avait fait des objections de forme ; on avait une Constitution à peu près lisible, bien que beaucoup plus compliquée qu'une constitution nationale, comme la nôtre qui fait une cinquantaine de pages. La Constitution Giscard avait justement un grand inconvénient aux yeux des supranationaux, qui sont d'ailleurs toujours furieux contre lui, c'est qu'on pouvait la lire, et donc la comprendre, et la soumettre au débat ; mais ce faisant, elle risquait bien d'être rejetée par ces "saloperies" de vieilles bestioles qu'on appelle les peuples. Evidemment ce qui devait arriver arriva, il y eût des débats et des débats tellement vifs qu'on a fini, ici où là, par en faire des référendums. Non sans une certaine duplicité de Chirac dont je ne connais pas clairement le fond de la pensée. La suite vous la connaissez : panique à bord. Alors ils se sont dit tout simplement qu'il fallait faire les choses de manière à ce que plus personne n'y comprenne rien. Amato l'a d'ailleurs avoué : si ce texte était lisible il prêterait à débat. Sous-entendu que cela ne passerait pas.
• ''Que va-t-il falloir modifier dans la Constitution pour rentrer dans le moule ?''
Plusieurs choses et tout d'abord modifier la référence à l'article 3 de la Déclaration des droits de l'homme, et également à l'article 3 sur le principe de souveraineté. Il faudrait en fait modifier quantité de choses en droit comme l'article 34 qui définit le domaine de la loi nationale. Il ne faut pas non plus trop pinailler, car que reste-t-il franchement du contenu de la Constitution nationale ? Les grands principes comme les pouvoirs du président, du chef de gouvernement ou de l'assemblée nationale sont tous affectés sans exception, et depuis longtemps ! Bien avant ce Traité même ! Monsieur Sarkozy découvrait par exemple il y a quelques semaines, à moins qu'il faisait jusque là semblant de ne pas s'en rendre compte, que les exonérations de cotisations promises aux pêcheurs qui s'étaient mis à s'agiter du fait de l'augmentation du prix du pétrole ne pouvaient pas être avalisées par Bruxelles. On ignore, ou, pour les gouvernants, on fait semblant d'ignorer l'étendue des domaines dans lesquels l'Etat "national est dessaisi".
• ''Et pour le commun des mortels, qu'est-ce que cela va changer au quotidien ?''
Mais les effets se sentent déjà depuis très longtemps ! J'achetais par exemple ce matin un poulet à la broche, dont je complimentais d'ailleurs le vendeur qui me répondît : "je vais devoir fermer à cause de vous, car je ne suis pas aux normes de sécurité selon la Commission de Bruxelles". Le marchand de poissons du coin aurait pu me dire la même chose, car il a été poursuivi, et a d'ailleurs payé une forte amende pour avoir affiché la provenance de ses poissons. Les mentions "Cancale" ou "Concarneau" sont interdites : pour la Commission de Bruxelles il faut se contenter d'afficher à la place "Atlantique Nord-Est". Bref, impossible de savoir déjà d'où vient ce qu'on appelait jadis "la marée" : concurrence déloyale ! Mon pauvre poissonnier s'acharnait à vouloir afficher des provenances régionales avec ses étiquettes à l'ancienne et il s'est fait verbaliser. Les exemples sont multiples : tuyauterie des habitations anciennes, ascenseurs à adapter aux normes de la Commission, fabrication du chocolat, du fromage... J'ai donné des dizaines d'exemples au fil de ma publication mensuelle L'Indépendance qui a déjà une cinquantaine de numéros !
• Au delà du traité, nos lecteurs avaient été pour le moins interpellés par les déclarations de M.Jouyet qui expliquait qu'on pourrait se dispenser de la voie référendaire pour l'intégration de la Turquie. Où en est-on de la "question turque" et par où vont-ils rentrer ?
Par la grande porte tout simplement. L'immense majorité des pays membres veulent l'entrée de la Turquie. La question se pose à la rigueur un peu en Grèce ou en Autriche pour des raisons historiques, les uns ayant été conquis et les autres encerclés. En France également car il existe malgré tout un scrupule d'ordre civilisationnel. En France, on veut bien une construction supranationale mais il faudrait que cela ait un sens - en termes de civilisation. Or, il y a 2 façons de fonder à peu près clairement ce que l'on pourrait appeler, en forçant les termes, civilisation européenne. Par la démocratie, mais l'on voit bien que cette conception est pulvérisée par cette affaire de référendum et que cette construction est non-démocratique. L'autre référence possible serait une référence religieuse. Mais qui en veut ? Pas grand monde. Et pour être sûr que l'on ne fera pas de l'Europe un club chrétien, on tient absolument à la Turquie.
Au Parlement Européen, l'immense majorité de mes collègues est en faveur de l'entrée de la Turquie. Mais aussi au sein des gouvernements, et à Bruxelles cela va sans dire ! Tout le monde la veut presque sans exceptions cette entrée. Pour Bruxelles l'objectif est un grand marché mondial, et il faut abattre toutes les cloisons et toutes les frontières pour cela. Et puis la Turquie et la dernière carte des EU en Asie, après les déconvenues de l'Afghanistan et de l'Irak. Sarkozy au fond n'a jamais pensé s'y opposer mais il a dit le contraire car il n'aurait, sinon, jamais été élu. Le dernier verrou aurait été un référendum, promis par Chirac et que Sarkozy, par la voix de M. Jouyet, a désormais fait sauter, ce qui n'est pas étonnant et qu'attendaient nos partenaires.
• ''On ne nous posera donc pas non plus la question ?''
Non bien entendu, et comme pour les autres pays d'ailleurs. Le dernier référendum en date remonte à celui de Pompidou en 1972 pour la Grande-Bretagne. D'ailleurs comme pour la Constitution Giscard, vous pouvez faire un référendum cela n'empêchera rien. D'une façon ou d'une autre, l'entrée de la Turquie est inéluctable, hélas !
• ''Même pas de sursaut grec à attendre, comme vous l'évoquiez ?''
Au contraire, les Grecs sont tétanisés. Ils ont même vraiment peur. Les souverainistes qui ont fait campagne sur ce thème n'ont fait que 6 % dans les urnes, la masse des Grecs voit surtout les 714 violations de l'espace aérien grec par l'armée turque en 2006. Presque 2 par jour. Systématiquement une le matin et une l'après-midi, pas toujours au même endroit d'ailleurs. Un coup en Thrace, un coup en mer Egée. Or, personne ne réagit en Europe. Les Grecs attendent simplement que la Turquie rentre en pensant qu'ils auront la paix. C'est Munich tous les jours, en Grèce...
• ''Y'a-t-il d'autres projets dans les cartons de la Commission qui vous inquiètent ?''
Il y en a beaucoup à commencer par le grand marché atlantique qui est lui aussi tout à fait dans la ligne de mire, et que tout le monde veut : mêmes normes en Europe qu'aux Etats-Unis, mêmes barrières tarifaires lesquelles correspondent aux intérêts des Etats-Unis, évidemment le plus puissant de l'ensemble. Ce projet est peu connu et pour cause : il est beaucoup trop important et décisif pour qu'on en parle ! D'autres projets m'inquiètent beaucoup et qui sont contenus dans cette gigantesque machine de guerre qu'est la Charte des droits fondamentaux. Il y a notamment dans cette Charte la mention des "droits des minorités ethniques". Je crois que tout le monde verra de qui on veut parler, car cela peut concerner n'importe quelle minorité. C'est en somme le communautarisme organisé. Une véritable boîte de Pandore. Comme ils veulent absolument détruire les frontières, ils tiennent avec cette notion de minorités ethniques, notamment celles proches des frontières, une arme absolue. Ce sera la Cour de Justice qui tranchera affaire par affaire, et, par petites touches nous aurons un tout autre ordre juridique, lequel n'a rien de républicain...







Commentaires
1. Le lundi 11 février 2008 à 04:01, par DagorDagorath
2. Le lundi 11 février 2008 à 10:52, par mum
3. Le lundi 11 février 2008 à 12:48, par spqr
4. Le lundi 11 février 2008 à 14:07, par Bélisaire
5. Le samedi 16 février 2008 à 02:41, par marot
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