Quelle mouche a piqué les dignitaires libanais ? Toujours est-il qu'hier la petite République au grand complet s'est fendu d'un hommage absolument délirant et totalement déplacé à l'adresse d'un individu bien peu recommandable.

Samir Kountar (سمير القنطار) est un druze libanais d'origine palestinienne, né le 20 juillet 1962 à Aabey au Liban. Kountar est un militant du FLP de Abu Abbas qui a mené un kidnapping en 1979.

Avec trois compagnons d'armes, Kountar débarque dans le nord d'Israël à partir d'un bateau venant du Liban. Ils kidnappent un père et sa petite fille de quatre ans. Lors d'un échange de tirs avec la police israélienne, Kountar tue le père sur la plage d'une balle dans la tête. Kountar fracasse ensuite la tête de la petite fille sur les rochers de la plage à l'aide de la crosse de son fusil. Au cours de l'assaut, un policier israélien est tué et deux membres du commando du FLP, Kountar est capturé et condamné à la prison à perpétuité



C'est ce même individu ainsi que 4 autres, et près de 200 dépouilles de combattants du Hezb qui ont été échangés par Israël contre les les corps des 2 soldats enlevés durant l'été 2006. C'est vraisemblablement au dernier moment que les israéliens ont découvert que leurs soldats étaient décédés (d'où l'amertume manifestée), mais ils ont eu l'élégance de maintenir l'échange. Au Liban, c'est à une véritable scène de schizophrénie politique que se sont livré les dirigeants et notamment Fouad Siniora, le premier ministre qui célébrait en héros le retour des assassins. Le même Siniora pourtant était acculé par les militants du hezb en mai dernier. Il présente aujourd'hui sa croupe à des personnes qui le menaceront d'ici quelques semaines, en même temps qu'il offre une marche triomphale à ses adversaires, qui s'en trouvent légitimés sur la scène intérieure où ils semaient pourtant il y a peu le chaos. Au final, la honte rejaillit sur tout le pays et pas seulement sur les assassins qui paradent.


Tous les ministres, y compris ceux des Forces Libanaises, et Saad Hariri étaient présents pour les accueillir. Même Joumblatt, chef de file de l'opposition musclée au hezb a eu ces paroles malheureuses : «Ce long parcours est couronné aujourd’hui par la libération des détenus et des dépouilles des martyrs par la Résistance islamique. Ceci consacre notre tradition de lutte contre l’ennemi israélien (...) Israël a tenté de briser la volonté du peuple libanais en juillet 2006. Il semble que l’État hébreu ne comprend que la logique de la force et non celle de la légitimité internationale ». Les arabes seraient-ils incurables dès qu'on prononce le mot d'Israël ? On peut légitimement se le demander au vu de cet hallucinant discours de la servitude volontaire. Après le coup de poignard dans le dos du tuteur français qui a reçu Bachar El-Assad, les souverainistes libanais semblent cette fois se résigner pour de bon à la mainmise syro-iranienne par Hezbollah interposé. Si eux-mêmes renoncent à leur combat, quel raison aurions-nous encore pour les soutenir ?